Bernard Dimey. Les Enfants de Louxor.
Les enfants de Louxor
Quand je sens, certains soirs, ma vie qui s'effilocheEt qu'un vol de vautours s'agite autour de moi,Pour garder mon sang froid, je tâte dans ma pocheUn caillou ramassé dans la Vallée des Rois.Si je mourrais demain, j'aurais dans la mémoireL'impeccable dessin d'un sarcophage d'orEt pour m'accompagner au long des rives noiresLe sourire éclatant des enfants de Louxor.
À l'intérieur de soi, je sais qu'il faut descendreÀ pas lents, dans le noir et sans lâcher le fil,Calme et silencieux, sans chercher à comprendre,
Au rythme des bateaux qui glissent sur le Nil,C'est vrai, la vie n'est rien, le songe est trop rapide,On s'aime, on se déchire, on se montre les dents,J'aurais aimé pourtant bâtir ma PyramideEt que tous mes amis puissent dormir dedans.
Combien de papyrus enroulés dans ma têteNe verront pas le jour... ou seront oubliésAussi vite que moi?... Ma légende s'apprête,Je suis comme un désert qu'on aurait mal fouillé.Si je mourais demain, je n'aurais plus la crainteNi du bec du vautour ni de l'oeil du cobra.Ils ont régné sur tant de dynasties éteintes...Et le temps, comme un fleuve, à la force des bras...
Les enfants de Louxor ont quatre millénaires,Ils dansent sur les murs et toujours de profil,Mais savent sans effort se dégager des pierresÀ l'heure où le soleil se couche sur le Nil.Je pense m'en aller sans que nul ne remarqueNi le bien ni le mal que l'on dira de moiMais je déposerai tout au fond de ma barqueLe caillou ramassé dans la Vallée des Rois.
Publicité