Art Make Up @ Bruce Nauman. 1971
ART MAKE UP, 1971
Dans ses quatre films "Art Make-Up" de 1967/68, Bruce Nauman s'applique à frictionner minutieusement son torse nu avec de la couleur blanche, rose, verte et noire. La caméra montre toujours l'artiste dans la même position du buste, tel l'œil d'un observateur, contemplant Nauman de près dans son studio, en train de se maquiller de manière quasi rituelle. L'action scénique attendue après l'acte de maquillage n'arrive pas, l'artiste reste tranquillement en place et regarde la caméra. L'éclairage du studio met en scène l'action et éclaire de diverses manières les différents grimages couleurs réalisés par Nauman.
En raison de la longueur de bobine d'une durée de dix minutes, les quatre travaux cinématographiques faisaient partie à l'origine d'un environnement cinématographique qui avait été conçu par Bruce Nauman pour le Musée d'Art de San Francisco. Les films devaient être projetés indéfiniment sur quatre murs d'une pièce carrée, ce qui n'a toutefois pas pu se faire, étant donné que Gerry Nordland s'opposa à l'environnement dans une exposition de sculptures.
Certains aspects principaux des caractéristiques artistiques de Nauman se révèlent déjà dans ces quatre miniatures Body-Art issues de la fin des années 60 : l'expérience personnelle dans l'action de son propre corps et une sorte de réflexion propre sur l'art par l'observateur de son propre processus de naissance. Nauman voit la prise de conscience naître de lui-même non pas au travers d'une réflexion intellectuelle, mais sur base de son activité corporelle. Cette expérience du corps ne peut être considérée que comme une expérience personnelle, le processus ritualisé conférant à l'action de maquillage quelque chose de plastique, tout comme dans d'autres exemples de son Body-Art de cette époque.
Bruce Nauman disait à ce sujet : "Le grimage n'est pas nécessairement anonyme, mais en quelque sorte très déformé, quelque chose derrière lequel on peut se cacher. Il ne révèle vraiment rien, mais ne divulgue rien non plus. C'est souvent de là que provient le suspense dans l'œuvre. On ne reçoit pas ce qu'on ne reçoit justement pas."
Cette situation inclut explicitement dans l'événement l'observateur et ses espérances, démasquées par l'absence d'action.
Dans cette mesure, il ne s'agit pas seulement d'une expérience personnelle de l'artiste, mais le spectateur apprend en même temps quelque chose à propos de lui-même et de son propre comportement. Cette œuvre cinématographique de Nauman dépasse ainsi le niveau de l'œuvre d'art, du spectacle et entame un discours théorique réfléchi avec l'observateur.
L'observateur participe quasi à fleur de peau au jeu de rôle de la figure changeante, cette situation oscillant entre l'illusion du masque et la réalité, entre la dissimulation et la mise à nu, qui reste un mystère jusqu'à la fin, étant donné que l'artiste ne se montre pas vraiment.
Cosje van Bruggen désignait "Make-up" comme une allégorie entre mascarade séduisante et vérité non falsifiée. C'est ainsi que le nouveau plan de départ avant la pose du masque suivant - lorsque l'on regarde les quatre films comme un continuum - montre de nouveau Nauman dans sa position de départ, sans changement apparent par rapport au dernier rôle, et pourtant l'observateur ne sait jamais si l'artiste montre son vrai visage.
Comme il le soulignait dans une interview avec van Bruggen, l'art se révèle pour Nauman dans l'action de l'artiste. Les quatre courts métrages s'insèrent également dans cette phase expérimentale du soi, de la recherche et de la réflexion personnelles sur l'existence même de l'artiste.
Comme le déclarait Nauman : "Je suis à la recherche d'un art menant à de nouvelles frontières, ce qui oblige à prendre davantage conscience de soi et de la situation. Il arrive même souvent que l'on ne sache pas ce qu'est en fait ce que l'on rencontre et/ou vit ici. Tout ce que l'on sait, c'est que l'on est tombé dans un endroit qui ne nous est pas du tout familier."
La phase expérimentale du soi et réfléchie de Bruce Nauman sur l'existence de l'art intervient à une époque où il fallait redéfinir l'art et son contenu, un phénomène auquel Theodor W. Adorno donna forme en 1969.
L'aspect de suspense se reportant sur l'observateur, tel qu'il apparaît dans les travaux de Body-Art, trouve son apogée dans les années 60 dans la médiation de ces expériences limites, de l'imprévu que van Bruggen décrivait avec Edmund Burke comme "esthétique du grandiose". Nauman attend des destinataires de ses œuvres d'art qu'ils sortent de cette discussion critique avec "une plus grande prise de conscience". L.H.
Art Make-Up
1967-68, 40 min, color, silent, 16 mm film
No. 1, White 1967, 10 min, color, silent, 16 mm film
No. 2, Pink 1967-68, 10 min, color, silent, 16 mm film
No. 3, Green 1967-68, 10 min, color, sound, 16 mm film
No. 4, Black 1967-68, 10 min, color, sound, 16 mm film
In each of these four related films, the artist applies a successive layer of colored makeup (white, pink, green, and finally black) to his face and upper torso. While he masks himself literally, the title implies that in so doing he also creates himself, "makes himself up." Initially the films were intended to be projected simultaneously on four walls of a room. Although this form of installation was never realized for this piece, Nauman employed the method for subsequent film and video installations.
Dans ses quatre films "Art Make-Up" de 1967/68, Bruce Nauman s'applique à frictionner minutieusement son torse nu avec de la couleur blanche, rose, verte et noire. La caméra montre toujours l'artiste dans la même position du buste, tel l'œil d'un observateur, contemplant Nauman de près dans son studio, en train de se maquiller de manière quasi rituelle. L'action scénique attendue après l'acte de maquillage n'arrive pas, l'artiste reste tranquillement en place et regarde la caméra. L'éclairage du studio met en scène l'action et éclaire de diverses manières les différents grimages couleurs réalisés par Nauman.
En raison de la longueur de bobine d'une durée de dix minutes, les quatre travaux cinématographiques faisaient partie à l'origine d'un environnement cinématographique qui avait été conçu par Bruce Nauman pour le Musée d'Art de San Francisco. Les films devaient être projetés indéfiniment sur quatre murs d'une pièce carrée, ce qui n'a toutefois pas pu se faire, étant donné que Gerry Nordland s'opposa à l'environnement dans une exposition de sculptures.
Certains aspects principaux des caractéristiques artistiques de Nauman se révèlent déjà dans ces quatre miniatures Body-Art issues de la fin des années 60 : l'expérience personnelle dans l'action de son propre corps et une sorte de réflexion propre sur l'art par l'observateur de son propre processus de naissance. Nauman voit la prise de conscience naître de lui-même non pas au travers d'une réflexion intellectuelle, mais sur base de son activité corporelle. Cette expérience du corps ne peut être considérée que comme une expérience personnelle, le processus ritualisé conférant à l'action de maquillage quelque chose de plastique, tout comme dans d'autres exemples de son Body-Art de cette époque.
Bruce Nauman disait à ce sujet : "Le grimage n'est pas nécessairement anonyme, mais en quelque sorte très déformé, quelque chose derrière lequel on peut se cacher. Il ne révèle vraiment rien, mais ne divulgue rien non plus. C'est souvent de là que provient le suspense dans l'œuvre. On ne reçoit pas ce qu'on ne reçoit justement pas."
Cette situation inclut explicitement dans l'événement l'observateur et ses espérances, démasquées par l'absence d'action.
Dans cette mesure, il ne s'agit pas seulement d'une expérience personnelle de l'artiste, mais le spectateur apprend en même temps quelque chose à propos de lui-même et de son propre comportement. Cette œuvre cinématographique de Nauman dépasse ainsi le niveau de l'œuvre d'art, du spectacle et entame un discours théorique réfléchi avec l'observateur.
L'observateur participe quasi à fleur de peau au jeu de rôle de la figure changeante, cette situation oscillant entre l'illusion du masque et la réalité, entre la dissimulation et la mise à nu, qui reste un mystère jusqu'à la fin, étant donné que l'artiste ne se montre pas vraiment.
Cosje van Bruggen désignait "Make-up" comme une allégorie entre mascarade séduisante et vérité non falsifiée. C'est ainsi que le nouveau plan de départ avant la pose du masque suivant - lorsque l'on regarde les quatre films comme un continuum - montre de nouveau Nauman dans sa position de départ, sans changement apparent par rapport au dernier rôle, et pourtant l'observateur ne sait jamais si l'artiste montre son vrai visage.
Comme il le soulignait dans une interview avec van Bruggen, l'art se révèle pour Nauman dans l'action de l'artiste. Les quatre courts métrages s'insèrent également dans cette phase expérimentale du soi, de la recherche et de la réflexion personnelles sur l'existence même de l'artiste.
Comme le déclarait Nauman : "Je suis à la recherche d'un art menant à de nouvelles frontières, ce qui oblige à prendre davantage conscience de soi et de la situation. Il arrive même souvent que l'on ne sache pas ce qu'est en fait ce que l'on rencontre et/ou vit ici. Tout ce que l'on sait, c'est que l'on est tombé dans un endroit qui ne nous est pas du tout familier."
La phase expérimentale du soi et réfléchie de Bruce Nauman sur l'existence de l'art intervient à une époque où il fallait redéfinir l'art et son contenu, un phénomène auquel Theodor W. Adorno donna forme en 1969.
L'aspect de suspense se reportant sur l'observateur, tel qu'il apparaît dans les travaux de Body-Art, trouve son apogée dans les années 60 dans la médiation de ces expériences limites, de l'imprévu que van Bruggen décrivait avec Edmund Burke comme "esthétique du grandiose". Nauman attend des destinataires de ses œuvres d'art qu'ils sortent de cette discussion critique avec "une plus grande prise de conscience". L.H.
Art Make-Up
1967-68, 40 min, color, silent, 16 mm film
No. 1, White 1967, 10 min, color, silent, 16 mm film
No. 2, Pink 1967-68, 10 min, color, silent, 16 mm film
No. 3, Green 1967-68, 10 min, color, sound, 16 mm film
No. 4, Black 1967-68, 10 min, color, sound, 16 mm film
In each of these four related films, the artist applies a successive layer of colored makeup (white, pink, green, and finally black) to his face and upper torso. While he masks himself literally, the title implies that in so doing he also creates himself, "makes himself up." Initially the films were intended to be projected simultaneously on four walls of a room. Although this form of installation was never realized for this piece, Nauman employed the method for subsequent film and video installations.
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