ART MUST BE BEAUTIFUL, ARTIST MUST BE BEAUTIFUL (14' 55'')
Dans cette performance (qui eut lieu en 1975 à Charlottenborg, Copenhague), Marina Abramovic, tenant dans une main un peigne et dans l'autre une brosse, se coiffe alternativement avec l'un et avec l'autre, en répétant inlassablement la même phrase: "Art must be beautiful, Artist must be beautiful". Elle se frappe parfois avec le peigne et la brosse, coiffe ses cheveux en tous sens, tantôt brutalement, tantôt doucement, puis se fait violence en s'arrachant les cheveux. Elle prononce la phrase sur plusieurs tons, parfois en chuchotant, parfois d'une manière agressive et rageuse, puis de nouveau calmement. L'artiste tient bon ainsi pendant 45 minutes. La vidéo réalisée ultérieurement ne montre que son buste, de manière à ce que le spectateur puisse voir l'expression de son visage.
Cette performance véhicule l'essence de la conception artistique de Marina Abramovic: le rejet d'un art qui n'a aucune dimension sociale et humaine, mais qui est uniquement replié sur lui-même et qui veut plaire. C'est contre cette conception de l'art pour l'art qu'est dirigée son agressivité. L'artiste transpose ironiquement sur sa propre personne la pensée du "être beau". Lors de son arrivée de l'ex-Yougoslavie aux Pays-Bas, elle formulait ainsi sa théorie: "L'Art sans éthique est de la cosmétique".
FREEING THE VOICE (13' 30'')
FREEING THE MEMORY (15')
FREEING THE BODY (8' 40'')
Trois expériences limites différentes avec la voix, la mémoire et le corps dans trois performances, qui ont toutes la même intention: transposer l'homme, la personne dans l'état de vide absolu, le libérer du poids inutile de ses pensées, pour se concentrer sur ses images intérieures, ses sensations et sa voix. Marina Abramovic tente d'atteindre cet état de conscience - que d'autres peuvent seulement atteindre par la méditation - par une expérience limite de vide par le mouvement, la voix et les pensées. La tabula rasa doit être le point de départ d'une nouvelle sensibilité et de l'autonomie du soi.
Dans Freeing the voice, Marina Abramovic, couchée sur le dos, le visage caché, laisse vibrer sa voix: de longs sons semblent provenir du plus profond de son corps, car sa voix très basse au début s'élève au fil de la performance et prend des facettes totalement différentes, jusqu'à ce que plus aucun son ne sorte. Sa voix laisse parfois entendre un long lamento, donne ensuite des accents mélancoliques ou cassés. Elle ne ferme jamais la bouche, s'interrompant seulement pour respirer.
Marina Abramovic a tenu bon pendant 60 minutes au Kulturni Centar de Belgrade (1976).
De manière similaire, à la galerie Dacic de Tübingen (novembre 1976), l'actrice, pendant 50 minutes, vide son esprit en sortant tout ce qui lui passe par la tête. Elle parle en serbe ; la bande vidéo propose une traduction anglaise à l'écran. Les chaînes d'association générées sont très révélatrices de la fonction de la mémoire des champs sémantiques. Marina Abramovic commence par énumérer quelques parties du corps, puis des maladies, des objets, des métaux, etc., jusqu'à ce que plus rien ne lui vienne à l'esprit, participant ainsi à l'état de vide souhaité.
Dans la plus longue des performances, Freeing the Body, l'artiste nue danse sur place pendant 6 heures avec un masque - afin de dévier l'attention des spectateurs sur son corps. Accompagnée d'un percussionniste, elle se meut en rythme au son du tambour dans la galerie Mike Steiner à Berlin (1976). Elle atteint ici la limite de ses forces physiques d'une manière plus extrême que dans les autres actions live, puisqu'elle finit par s'écrouler tout simplement d'épuisement.
Les sensations de vide sont de nature totalement différente d'une fois à l'autre, car elles sont liées soit à une grande fatigue physique ou intellectuelle, soit à une extinction de voix ; pourtant, les limites de ses capacités physiques ont chaque fois trahi sa volonté. L'observateur ne peut malheureusement reproduire cette expérience que de manière visuelle et mentale. (@ Lilian Haberer)